PACA – Face aux citoyens avec Gari Grèu de Massilia Sound System

Miloud Arab-Tani : Plusieurs projets artistiques ont été créés ces dernières années autour de Massilia… Peut-on avoir un aperçu de ce panel ?

Gari Grèu : Oai Star, Moussu T et lei Jovents, Papet J en solo, mon nouvel album « Camarade Lézard »… Tous ces projets artistiques sont inscrits dans la dynamique de Massilia Sound System. Ils véhiculent le même esprit, la même vision de la société, du rapport avec les gens et du rôle de musicien. Nous ne les avons pas créés parce qu’on était dos-à-dos, comme c’est souvent le cas dans les groupes. On a rajouté des cordes supplémentaires à notre arc commun, assouvi des envies artistiques qu’on n’a pas obligatoirement dans Massilia. Massilia, c’est un projet avec une direction artistique très définie : le raggamuffin. On chronique le quotidien à Marseille, même si on l’a étayé de plein de rencontres.

Anne Deransart : Que signifie pour vous chanter en occitan ?

G. G. : Au départ, quand on a décidé de créer Massilia et de chanter en occitan, ce n’était pas parce que nos grands-parents et nos parents le parlaient, ce qui n’est pas du tout le cas : c’est moi qui ai appris le patois à ma mère, après ! En fait, c’est en écoutant Bob Marley… Il ne chantait pas en anglais, mais en patois jamaïcain et c’est ce qui donne une dimension supérieure à sa musique. On a voulu faire pareil. Ça nous a évité de tomber dans des travers à la noix du style ‘je suis plus d’ici que toi parce que mon grand-père était là avant le tien’. Pour moi, le vrai Marseillais, c’est le mec qui vient d’ailleurs, est né ailleurs, a décidé d’être Marseillais. C’est celui qui est venu enrichir Marseille avec sa culture, en la mettant dans le plat commun.

Jean-José Ville : Que penses-tu du Marseille 2013 « off » pour faire vivre la culture populaire marseillaise ?

G. G. : J’espère qu’il n’y aura pas que le off pour faire vivre la culture populaire marseillaise ! Je pense qu’il est nécessaire, qu’il est très important d’avoir un contre-évènement beaucoup plus libre. En voyageant lors de mes tournées, je me rends compte qu’on est en déficit culturel à Marseille. En ce moment, c’est pire que les années 80… En tant que citoyen, je pense que Marseille Provence 2013 ne peut être que positif vu l’état actuel des choses. Mais j’attends de voir évidemment. On est tellement en manque d’équipements, de bonnes soirées, de mélange, d’intensité dans notre ville, que je me languis presque 2013 qu’il y ait un peu de ‘bordel’ dans la rue. Les bonnes idées sont là et Marseille en a besoin. J’espère que cette année va permettre de sensibiliser les gens à la nécessité de rendre la vie plus douce. Il faut faire de la musique sur la plage, on veut que ça groove et ça va groover !

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Jean-José Ville : Vous avez dit « Reconnecter les générations, c’est notre boulot ». Comment voyez-vous l’avenir des jeunes marseillais ?

G. G. : Moi, je crois en l’humain. Je me dis que les solutions, elles sont en nous et que c’est le peuple qui a toujours le dernier mot. Reconnecter les générations, ça s’est passé naturellement dans nos concerts. Au départ, les gens qui venaient nous voir étaient des férus de culture raggamuffin, ils comprenaient ses codes. Sans trop nous en rendre compte, nous avons élargi ces codes, en nous emparant de tous les clichés de Marseille : Pagnol, le pastis… et en les associant à notre vision. Au bout d’un moment, on s’est rendu compte que les gens venaient en famille à nos concerts. Maintenant à chaque fois qu’on écrit une chanson, on fait en sorte qu’elle ait de l’écho aussi bien chez toi, que chez ma petite-fille, que chez ma grand-mère…

Ismail Abou abdallah : Vous avez déjà fait 7 albums et des centaines de concerts, qu’est-ce qui vous pousse encore à continuer ?

G. G. : Quand je monte sur scène, j’ai toujours l’impression que c’est le premier concert… et presque le dernier aussi ! La magie de la scène ne nous a jamais quittés. C’est certainement aussi parce qu’on s’est emparé d’un genre artistique de manière ludique, tout en restant quelque part un peu des amateurs. On chante ce qu’on vit de manière ‘fun’, on fait danser les gens… C’est ce qui a toujours cultivé la magie chez nous.

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