Les Régions françaises ont pris l’habitude d’annonces gouvernementales promettant de réaliser les investissements dont la France a besoin pour l’avenir, bien que les caisses de l’Etat soient vides. Il s’agit bien sûr des faux milliards du grand emprunt qui permettent de jongler avec les chiffres à volonté. Ce 27 avril, c’était le tour du déploiement du très haut débit.
En dépit d’annonces rassurantes à bon compte, la réalité est bien plus alarmante. Justement parce que les Régions, elles, considèrent réellement que le déploiement d’infrastructures de communications électroniques à très haut débit, la fibre optique, représente un enjeu majeur pour la compétitivité de la France et pour le service aux citoyens, elles ne peuvent que déplorer que le dossier ne soit pas pris à bras le corps.
Le gouvernement se prévaut ainsi d’une enveloppe de 2 milliards d’euros, quand le coût total du déploiement du très haut débit est estimé à plus de 30 milliards. Et encore, sur ces 2 milliards, seuls 900 millions sont de réels crédits pour aider l’investissement conduit par les collectivités, lesquelles devront prendre en charge l’essentiel du financement sans qu’on le dise. Pour la suite, la plus grande incertitude règne.
Heureusement, l’Etat se réjouit de pouvoir s’appuyer sur les opérateurs privés, dont il se félicite des intentions d’investissements qui permettront d’engager le déploiement du très haut débit dans 3400 communes dans les prochaines années. C’est entre les lignes qu’il faut deviner la préséance accordée par l’Etat à l’opérateur historique pour qu’il se détermine sur son intention d’investir. On ne saurait reprocher à ce dernier qu’il le fasse dans les seules zones rentables. L’Etat laissera ensuite aux collectivités le soin de boucher les trous et de couvrir les zones où le nombre d’abonnés est plus faible et le prix du déploiement plus élevé, sans perspective de retour sur investissement, même si la demande d’avoir enfin accès à internet dans des conditions satisfaisantes peut y être plus forte. C’est entre les lignes également qu’il faut lire qu’on ne traite pas vraiment le coût du raccordement jusqu’à l’abonné. Or, le rôle de l’Etat serait de garantir la péréquation entre les territoires et l’égalité d’accès des citoyens aux réseaux de communication. Dans un contexte de fortes tensions sur les finances publiques, il lui revient normalement d’apprécier le problème globalement, dans une logique de partage équilibré des investissements.
Que l’Etat soit impécunieux et ne cesse d’exiger des collectivités de financer ses missions alors qu’il gèle leurs ressources, c’est hélas permanent. Que son analyse soit d’abord fonction d’intérêts économiques et de lobbies, ce n’est plus une surprise. Mais une telle autosatisfaction est inacceptable, au regard des réalités.
C’est la gouvernance d’ensemble du projet de déploiement du très haut débit en France qu’il faut repenser pour ne pas creuser davantage les inégalités territoriales et pour optimiser l’utilisation de l’argent public. Les Régions françaises ne veulent pas d’une deuxième fracture numérique et prendront l’initiative de formuler très rapidement des propositions alternatives.
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